ANGLICANISME

ANGLICANISME

En Angleterre, la Réforme ne fut pas d’abord, comme sur le continent, une protestation religieuse. Elle fut l’effet des transformations de la situation politico-ecclésiastique provoquée par le roi Henri VIII en 1533-1535, et fut introduite alors, contre le gré de ce dernier, par des chrétiens continentaux. Elle se stabilisa, sous Élisabeth Ire (1558-1603), comme une via media entre le catholicisme et le protestantisme.

De ses origines, l’anglicanisme a hérité certains caractères propres, apparemment opposés, mais qu’il a toujours su concilier: le goût de la tradition et le sens critique, l’unité liturgique et un certain pluralisme doctrinal, en un mot ce que ses historiens appellent sa glorious comprehensiveness.

Il représente, au sein du christianisme contemporain, une tendance à la conciliation et à l’ouverture à l’égard du monde moderne. Répandue aujourd’hui dans le monde entier, la communion anglicane est devenue une des expressions majeures du christianisme et joue un rôle croissant dans le mouvement œcuménique.

1. Origines

La vie de l’Église fut toujours liée, en Angleterre, à celle de la nation, de façon plus étroite que sur le continent. L’établissement du christianisme au VIIe siècle, sous l’impulsion de l’Italien Augustin et du Grec Théodore de Canterbury, fut accompagné d’un développement culturel et de l’installation de formes de gouvernement auxquelles le nom de Rome est inséparablement lié. Les procédures des conciles ont ainsi servi de modèle au Parlement, et le droit canonique est à l’origine du code civil anglais.

Avec la conquête normande (1066), l’Église d’Angleterre, d’abord insulaire, fit bientôt partie du système catholique européen. Mais la situation de l’Angleterre demeurant différente, le conflit entre les nouveaux princes, puissants et soucieux de l’autonomie nationale, et la papauté, devenue sur le continent le centre du monde chrétien, était inévitable. Guillaume le Conquérant refusa le premier de prêter au pape l’hommage de suzeraineté, comme le faisaient les princes du continent. Si l’attitude de ses successeurs fut plus hésitante, le roi Jean (1213) acceptant le principe de suzeraineté, mais Édouard III le refusant de nouveau (1366), une tension persista pendant tout le Moyen Âge entre Rome et les rois normands au sujet de la juridiction du pape et de la souveraineté royale.

C’est pour avoir refusé les constitutions royales de Clarendon, relatives aux procès des clercs, que l’archevêque de Canterbury, Thomas Becket, fut assassiné par ordre royal, le 29 décembre 1170. Les conflits étaient donc fréquents entre le pouvoir royal et l’Église, avant même la Réforme. Au XVIe siècle, la critique de la situation politico-ecclésiastique, due surtout à Wyclif et aux Lollards, était devenue courante dans l’Université, et elle atteignait aussi les couches populaires.

2. La Réforme en Angleterre

Pour expliquer l’irruption de la Réforme en Angleterre, on a invoqué des causes économiques (la volonté d’indépendance financière à l’égard de Rome), culturelles (le progrès de l’humanisme), ecclésiastiques (l’insuffisance et les tares du clergé). Aucun de ces motifs n’est suffisant. La Réforme ne prit jamais en Angleterre une tournure révolutionnaire et dogmatique comme là où l’ont propagée Luther ou Calvin. Elle ne fut introduite par les continentaux que plusieurs années après la rupture avec Rome. Elle fut un acte de la politique royale, beaucoup plus qu’un mouvement d’Église.

L’occasion fut la malheureuse affaire du divorce royal. Henri VIII sollicita de l’évêque Cranmer, pour qui il avait obtenu depuis peu le siège de Canterbury (mai 1533), l’autorisation canonique qui tardait à venir de Rome et tournait au refus. En même temps, il prit une série de décisions lourdes de conséquences. Il fit voter par le Parlement un décret détachant le clergé de l’obédience romaine. Après la convocation de 1532, le clergé dut prêter serment au roi dans ces termes: «Nous reconnaissons que Sa Majesté est le seul protecteur et le maître suprême et que, autant que la loi du Christ le permet, Elle est le chef suprême de l’Église anglaise et de son clergé.» D’autres décrets suivirent. Une loi de 1533 interdit aux fidèles et aux clercs les appels à Rome. En 1534, la convocation de Canterbury, contrainte et forcée, déclara que «le pontife romain, selon les saintes Écritures, n’a pas plus que tout autre évêque étranger reçu de Dieu pouvoir de juridiction dans le royaume d’Angleterre».

La résistance du clergé à ces décisions gouvernementales fut très faible. Les conflits du spirituel et du temporel étaient alors trop fréquents pour que les consciences n’en aient pas été émoussées et qu’on n’ait pas perdu de vue les limites respectives du pouvoir séculier et du pouvoir ecclésiastique. Même un Thomas More déclarait, un peu avant sa mort, qu’il n’avait jamais su avec une entière certitude si la papauté devait être considérée comme fondée par Jésus-Christ.

En prenant ces décisions, Henri VIII déclara fermement qu’il maintenait la continuité avec le passé. Il fit observer rigoureusement toutes les formes canoniques (par exemple dans le sacre de Cranmer en 1533). Sauf en ce qui concerne la suprématie royale, il n’introduisit aucun article nouveau de doctrine et défendit avec rigueur l’orthodoxie catholique. La liturgie, mise en langue anglaise, fut une liturgie de type catholique. Plusieurs tentatives de rapprochement avec les luthériens, où la politique aurait pu trouver son compte, échouèrent à cause des positions doctrinales du roi.

C’est sous Élisabeth Ire (1558-1603) que l’anglicanisme s’établit comme une via media entre le protestantisme et le catholicisme, ou plus exactement entre la tendance réformatrice d’un Cranmer et la tendance novatrice mais traditionnelle des «henriciens» (comme Gardiner, Tunstall). Seuls étaient exclus de la voie anglicane catholiques romains et puritains. L’Acte d’uniformité imposa, en avril 1559, le Prayer Book (c’était sa 3e édition; la 4e, devenue normative, est de 1562). L’assemblée du clergé de 1563 adopta les «Trente-Neuf Articles de religion» qui sont la base de la communion anglicane. Mais la via media d’Élisabeth n’est que modérément protestante par rapport aux tendances qui s’étaient fait jour sous Édouard VI (1547-1553). Dès son avènement, la reine modifia la formule du serment, et le roi ne fut plus appelé «chef suprême» mais «gouverneur suprême» de l’Église. Il fut ainsi établi clairement que le prince n’avait pas autorité sacramentelle ou doctrinale dans l’Église, mais seulement autorité sur les personnes «en vue de la paix et de l’unité de l’Église et du royaume d’Angleterre». Depuis cette date, c’est en ce sens qu’est comprise l’autorité du pouvoir royal sur l’Église.

Le conflit avec l’Église catholique atteignit alors son apogée. En 1570, Pie V excommunia la reine Élisabeth.

La Réforme, en Angleterre, fut accompagnée d’une mainmise sur les biens du clergé. Par ces expropriations, la Couronne s’assurait l’appui de la classe possédante et son adhésion à la Réforme.

Bible et liturgie

La Bible a toujours eu une place dominante dans l’Église anglicane. On y a promu ses versions en anglais: Nouveau Testament de Tyndale, en 1537; version autorisée de la Bible, réalisée sous la direction de Cranmer. Les diacres doivent adhérer au canon des Écritures, et les prêtres prennent un engagement quant à son interprétation: «Êtes-vous persuadé que les saintes Écritures contiennent suffisamment toute la doctrine nécessaire pour obtenir le salut éternel par la foi en Jésus-Christ? Et êtes-vous déterminé à tirer desdites Écritures l’instruction du peuple commis à votre charge et à ne rien enseigner comme nécessaire au salut éternel que vous ne croirez pouvoir être déclaré et prouvé par l’Écriture?»

L’anglicanisme accorde une place prépondérante aux «deux sacrements évangéliques», établis par Jésus lui-même, le baptême et l’eucharistie. La confirmation, la pénitence, l’ordre, le mariage et l’onction des malades sont appelés communément des sacrements, et certains parlent des «sept sacrements», mais cette expression est sans autorité dans l’Église anglicane. En réalité, les sacrements sont mis à des niveaux différents. La confirmation est tenue pour essentielle; le ministère de la pénitence, ou confession, est d’un usage libre, qui varie beaucoup selon les régions et les tempéraments; pour l’ordre, l’imposition des mains de l’évêque est requise, mais beaucoup ne voient dans ce rite qu’une condition à la continuité historique de l’Église. Le mariage est tenu pour indissoluble, mais la discussion demeure ouverte sur l’interprétation du verset de Matthieu, v, 32: «sauf le cas d’adultère», et certains soutiennent qu’indissolubilité signifie «qui ne devrait pas être dissous» et non pas «qui ne peut être dissous». L’onction des malades, enfin, est parfois en usage, mais si rarement que beaucoup de fidèles ignorent tout à son sujet.

Le Prayer Book, ou Livre des offices, est un chef-d’œuvre de la littérature religieuse. Composé sous la direction de Cranmer, il subit quatre révisions de 1549 à 1562. Depuis le début du XXe siècle, le besoin s’est fait sentir de le compléter et de l’améliorer. Une commission y a travaillé, à la demande du roi, de 1906 à 1927, mais le projet (le «Livre déposé») fut, après approbation par la Chambre des lords, rejeté à deux reprises par la Chambre des communes (15 décembre 1927 et 14 juin 1928). De ce fait, la version de 1562 est toujours officiellement en vigueur.

Les tendances dans l’anglicanisme

Il n’y a pas, cela va de soi, de «théologie anglicane» spécifique. L’anglicanisme répugne à se considérer comme une confession particulière. Pour lui, il y a seulement la théologie chrétienne. Mais il y a une manière anglicane de la traiter.

Néanmoins, il est souvent difficile de savoir quelle est la position anglicane sur tel point déterminé, car il n’y a pas de doctrine officielle en dehors des Trente-Neuf Articles. Une commission réunie en 1938 par l’archevêque de Canterbury en vue de réaliser un ouvrage intitulé Doctrine of the Church of England ne lui donna pour titre définitif que Doctrine in the Church of England.

Les bases de l’enseignement commun ont été posées par R. Hooker (1583-1660) dans son important ouvrage Ecclesiastical Polity. Hooker chercha à remplacer les manuels latins du Moyen Âge, sans rallier pour autant les thèses luthériennes ou calvinistes. En face des Réformateurs, préoccupés surtout par le problème du salut, il revint à la tradition des Pères des premiers siècles, grecs surtout, et fonda la doctrine de l’Église sur la théologie de l’Incarnation. L’œuvre de Hooker, ainsi conçue, fit l’admiration des catholiques romains. Elle est également proche de la doctrine des orthodoxes.

Traditionnel, l’anglicanisme s’adapte volontiers à la culture contemporaine. National au moment de la Réforme, il fut autocrate avec les Stuarts, libéral sous l’hégémonie des whigs, évolutionniste à la fin du XIXe siècle; une tendance «séculière» (J.A.T. Robinson, Honest to God, The New Reformation ) s’y manifeste spontanément de nos jours. Il en résulte des tensions, parfois des crises, mais l’Église anglicane réagit toujours de façon souple et empirique, maintenant l’équilibre et gardant cette comprehensiveness qui est, pour elle, un sujet de fierté et d’action de grâces.

Ce caractère «compréhensif» de l’Église anglicane favorise, au sein de celle-ci, l’existence d’opinions diverses. On reconnaît en général trois tendances dominantes. Celle qui est attachée au côté «catholique» de son héritage, et que l’on a appelée High Church ou anglo-catholicisme ou plus simplement catholicisme, a connu un important renouveau au XIXe siècle grâce au mouvement d’Oxford (Keble, Newman, Pusey). Le mouvement evangelical, nourri dans le puritanisme, n’a pas moins d’importance. Le réveil évangélique (Low Church ) a marqué fortement l’Église anglicane; il faut y rattacher la branche méthodiste, bien que l’Église anglicane ne soit pas parvenue à la maintenir dans son sein. Il existe enfin une tendance «libérale», ou latitudinaire, soucieuse de vérité scientifique et d’humanisme; antidogmatique, elle s’oppose à l’évangélisme conservateur aussi bien qu’au «catholicisme» et vient constituer, à côté d’eux, la radical christianity. Ce que l’on appelle quelquefois Broad Church (Église libérale) est toutefois une mentalité, un point de vue, plutôt qu’un mouvement organique ou un système cohérent.

Mais ces tendances ne constituent pas des «partis». Bien des libéraux se disent évangéliques (cf. l’ouvrage collectif Essays and Reviews, 1860) et certains anglo-catholiques sont volontiers modernistes (cf. l’ouvrage collectif Lux Mundi , 1889): l’effort social est propre à toute l’Église anglicane. La synthèse se recompose à chaque époque dans un «anglicanisme de la grande ligne». D’autre part, quoi que l’on dise sur les mouvements dans l’anglicanisme, ils ne représentent, même s’ils en sont les forces vives, qu’une minorité. La grande masse des fidèles n’est liée à aucun d’eux et est réunie seulement par les quatre principes doctrinaux qui restent la caractéristique de l’anglicanisme: la Bible, l’épiscopat, le Prayer Book et la Couronne.

L’Église anglicane et l’État

L’«établissement» de l’Église en Angleterre est plutôt un état de choses que le résultat d’un concordat. Il est défini par une législation, plusieurs fois promulguée et modifiée, sous Henri VIII, Élisabeth Ire, Charles II, Guillaume III et Marie Ire. Remis en cause plusieurs fois au cours du XIXe siècle, il reste l’objet de discussions. Il est réglé actuellement par le Statut sur l’assemblée nationale de l’Église, de 1919.

L’Église est établie en Angleterre en ce sens qu’elle possède certains droits reconnus et qu’elle est assujettie à certaines responsabilités légales. Les ministres anglicans ne sont pas seulement les ministres d’un culte parmi d’autres; ce sont des magistrats; ils ont une fonction dans le système national. Les évêques siègent à la Chambre des lords. Les assemblées de l’Église font partie des organismes législatifs du pays. Les nominations sont contrôlées et ratifiées par la Couronne. Le Prayer Book et les articles de foi ne peuvent être modifiés sans l’assentiment du Parlement.

Ces règlements ont été la source de divers conflits, au XIXe siècle surtout, quand les évêques estimèrent que le pouvoir empiétait sur les attributions du clergé (affaire Colenso, affaire d’Essays and Reviews, etc.). Le régime de l’«établissement» fut alors retouché, surtout en ce qui concerne l’exercice de la suprématie royale. Il y a aujourd’hui une tendance au disestablishment de l’Église, comme en témoigne le sermon d’intronisation du Dr Ramsey. Cela est aisé à concevoir, si l’on songe que l’Église anglicane n’est pas «établie» dans les autres pays du monde, ni même en Écosse et au pays de Galles. Il apparaît de plus en plus anormal aujourd’hui, en effet, que des décisions doctrinales, comme celle relative à la révision du Prayer Book en 1927, qui relèvent uniquement de l’Église, aient besoin de la ratification d’un Parlement où les anglicans convaincus sont presque certainement en minorité. Le disestablishment reste néanmoins une entreprise longue et compliquée et, pour le moment, le besoin en est ressenti plus par l’Église que par l’État.

La communion anglicane

L’Église d’Angleterre ne constitue plus que deux sections de l’anglicanisme: les provinces de Canterbury et d’York. En de nombreux pays, des Églises anglicanes ont acquis un statut autonome et elles ne sont plus sous la juridiction de l’archevêque de Canterbury. Elles forment la «communion anglicane».

Ces Églises se reconnaissent une même origine (adoption des Trente-Neuf Articles), une même foi (l’adhésion aux symboles traditionnels), et sont en communion entre elles. Elles ont une certaine indépendance liturgique, manifeste en particulier là où la langue nationale n’est plus l’anglais, comme en Inde ou au Japon. Leur lien institutionnel s’exprime dans les conférences de Lambeth qui, depuis 1866, se réunissent tous les dix ans sous la présidence de l’archevêque de Canterbury. Ces conférences adressent des messages au monde chrétien, prennent certaines résolutions concernant la communion anglicane, mais n’ont pas d’autorité normative sur les Églises: elles représentent simplement la voix commune de l’anglicanisme. En outre, depuis 1958, des congrès pananglicans plus larges se réunissent tous les cinq ans.

3. L’anglicanisme et le mouvement œcuménique

La conférence de Lambeth de 1920 a lancé aux autres confessions chrétiennes un «Appel en faveur de l’unité». Affirmant leur double parenté catholique et protestante, les évêques anglicans réunis présentaient la communion anglicane comme un pont entre les Églises traditionnelles et les confessions issues de la Réforme. Depuis le début du mouvement œcuménique, l’anglicanisme s’est reconnu ainsi une vocation «unionique» particulière. Il a formulé ses principes d’union dans la formule dite Quadrilatère de Lambeth. Celui-ci affirme la communion anglicane fondée: 1. sur l’Écriture sainte, comme contenant tout ce qui est nécessaire au salut; 2. sur les sacrements du baptême et de l’eucharistie; 3. sur les deux symboles de foi des apôtres et de Nicée-Constantinople; 4. sur l’épiscopat historique.

Cette formule de 1888, déclarée «inaltérable» en 1920, demeure en vigueur, bien que, à la suite d’hésitations sur la portée doctrinale du quatrième point, le quadrilatère ne soit plus très équilatéral. Les Églises anglicanes ont joué un rôle important dans le mouvement œcuménique en recherchant l’union avec des Églises non anglicanes. Certaines tentatives ont abouti (Église de l’Inde du Sud, etc.). D’autres sont en cours. Dans la constitution de ces unités nouvelles, le caractère proprement anglican tend souvent à s’effacer, et des voix autorisées ont pu dire que la communion anglicane «était appelée à disparaître dans sa spécificité anglicane pour le bien de l’unité» (IIe congrès pananglican, Toronto, 1963).

Se prévalant d’une attitude qui remonte au XVIe siècle, l’Église anglicane a toujours été soucieuse d’entretenir des liens avec les Églises d’Orient. Peu après la rupture avec Rome, George Abbott, archevêque de Canterbury (1611-1633), avait déjà été en correspondance avec Cyrille Lukaris, patriarche d’Alexandrie puis de Constantinople. Après un temps d’ignorance réciproque, les relations de l’anglicanisme avec l’orthodoxie furent établies au XIXe siècle, à l’occasion des consultations entreprises par William Palmer sur la question des ordinations anglicanes. Dans le cadre du mouvement œcuménique, ces rapports ont toujours été étroits et une commission mixte entre anglicans et orthodoxes a été constituée en 1973 à Oxford, qui se réunit régulièrement depuis. Lors d’une conférence tenue à Moscou en juillet 1976, la représentation anglicane a pris une initiative remarquée en déclarant que les Églises anglicanes étaient disposées à ôter le Filioque (concernant la «procession» du Saint-Esprit) de la version latine du Credo de Nicée-Constantinople, puisque le texte grec, qui a toujours été considéré comme le texte de référence, ne le contient pas. Le retrait du Filioque de la récitation liturgique, envisagé dans cette intention œcuménique, ne signifierait pas pour autant que la communion anglicane abandonnerait la doctrine elle-même qu’implique le Filioque , mais seulement qu’elle pourrait considérer celle-ci comme un theologoumenon , c’est-à-dire comme une opinion probable et non comme un article de foi.

Depuis quelques années, les Églises de la communion anglicane ont examiné l’éventualité de l’ordination des femmes à la prêtrise. Souhaité en général par l’aile protestante, ce projet est cependant loin de recueillir une adhésion générale. Le synode de l’Église d’Angleterre a déclaré en 1975 qu’il n’y voyait pas d’opposition fondamentale, mais celui de 1978 s’est opposé à toute mise en œuvre de cette possibilité. Si l’accès des femmes à des responsabilités croissantes est unanimement désiré et tenu pour un bien, leur admission au sacerdoce reste un point de désaccord au sein de l’œcuménisme et les anglicans apparaissent divisés entre eux sur le principe à invoquer pour justifier une telle innovation. Aux yeux des Églises traditionnelles, il y a une convenance profonde à ce que le sacerdoce soit confié à l’homme, la femme assumant pour sa part dans l’Église des tâches importantes et spécifiques, mais qui restent à définir.

Les rencontres avec l’Église catholique, de même, se sont multipliées depuis la visite rendue a Rome par l’archevêque Michael Ramsey au pape Paul VI (1966). Le rapprochement a été concrétisé par la publication du Rapport de Malte (1968) et d’un document commun sur L’Autorité dans l’Église (1976). Il est manifeste surtout en ce qui concerne la question du pape, reconnu dans son rôle de «primat universel» par le synode général de l’Église anglicane en 1986.

Les liens croissants de l’anglicanisme avec les autres Églises soulèvent de nos jours plusieurs questions aiguës.

Un premier débat est intérieur à l’anglicanisme. Il porte sur la nature de l’adhésion à donner aux Trente-Neuf Articles de 1571. Dirigés contre la théologie du Moyen Âge et contre les anabaptistes, ces articles ont une orientation calviniste. «L’Église anglicane, disait W. Pitt, a une liturgie papiste, un clergé arminien (c’est-à-dire opposé à Calvin) et des articles de foi calvinistes.» Les articles ont toujours été considérés comme une marque de protestantisme. Pourtant, Newman l’a montré avec succès en 1841, ils ont été promulgués avant le concile de Trente et ne s’opposent pas directement à la doctrine romaine: les anglicans de la tendance «catholique» peuvent les signer. Aujourd’hui, on s’accorde à reconnaître que les articles étaient destinés surtout à faire la paix, et on insiste sur leur signification historique.

Cependant, beaucoup d’anglicans, surtout hors d’Angleterre, s’interrogent sur la valeur et la signification de l’adhésion qu’ils donnent aujourd’hui aux Articles. Les symboles de foi communs à tous les chrétiens leur paraissent plus importants que les proclamations historiques. Et, de fait, les Articles sont moins décisifs pour la communion anglicane dans son ensemble que le Prayer Book. Il y a un désintéressement relatif à leur égard. Depuis 1865, une adhésion simple, et non plus «volontaire et en conscience», aux Articles est seule requise: ainsi, beaucoup y adhèrent aujourd’hui en termes assez généraux, comme à une formulation classique de l’anglicanisme.

Le deuxième débat concerne les «schèmes de réunion» avec les Églises issues de la Réforme du XVIe siècle. Lorsque s’accomplit l’acte de réconciliation entre deux Églises, les ministres sont réciproquement reconnus comme ministres de la nouvelle communauté par une commune imposition des mains. Mais les anglicans tiennent, en général, que les ministres presbytériens se trouvent alors réordonnés, tandis que ceux-ci se reconnaissent seulement appelés à exercer des pouvoirs nouveaux. Un doute demeure ainsi entre les parties contractantes, même après la réunification.

Le troisième débat concerne les relations avec l’Église catholique. En 1896, alors que l’anglo-catholicisme prônait la réunion en corps du catholicisme, de l’orthodoxie et de l’anglicanisme, ce qui était à ses yeux la réunion des «branches» de la même Église historique, Léon XIII a déclaré invalides les ordinations anglicanes. Le motif de cette décision n’était ni un défaut de la succession apostolique ni un vice de rite, mais la divergence de doctrine entre les deux Églises depuis la Réforme. Aujourd’hui, la question est implicitement reconsidérée par le fait du rapprochement œcuménique. L’Église catholique ne met pas en doute la valeur réelle du ministère anglican; elle estime seulement que cette question doit être examinée dans un contexte plus large, en relation avec le disestablishment en Angleterre et avec le mouvement œcuménique.

anglicanisme [ ɑ̃glikanism ] n. m.
• 1801; de anglican
Religion officielle de l'Angleterre, établie à la suite de la rupture de Henri VIII avec Rome au XVIe s., sorte de compromis entre le catholicisme et le calvinisme.

anglicanisme nom masculin Doctrine, principes et institutions de l'Église officielle d'Angleterre.

anglicanisme
n. m. Ensemble des rites et des institutions propres à l'église anglicane.

⇒ANGLICANISME, subst. masc.
Religion de l'Église réformée d'Angleterre ayant pour chef le souverain :
Le docteur Jaquemin Hérode appartenait à la haute église, laquelle est à peu près un papisme sans pape. L'anglicanisme était travaillé dès cette époque par les tendances qui se sont depuis affirmées et condensées dans le puséysme. Le docteur Jaquemin Hérode était de cette nuance anglicane qui est presque une variété romaine.
HUGO, Les Travailleurs de la mer, 1866, p. 233.
Rem. 1re attest. 1801, SALADIN, L'Angleterre en 1800, i, 25 ds BARB. Infl.; dér. de anglican, suff. -isme.
PRONONC. :[].
STAT. — Fréq. abs. littér. :5.
BBG. — BACH.-DEZ. 1882. — BARB. Misc. 9 1932-35, pp. 43-47. — BOUYER 1963. — LEP. 1948. — Théol. cath. t. 1, 2 1909.

anglicanisme [ɑ̃glikanism] n. m.
ÉTYM. 1801; de anglican.
Religion officielle de l'Angleterre ayant pour chef le souverain du royaume, établie à la suite de la rupture de Henri VIII avec Rome. || L'anglicanisme constitue un compromis entre le catholicisme et le calvinisme. || L'anglicanisme est la religion dominante des Anglais.
0 L'anglicanisme est la lune sinistre et glacée du catholicisme.
Claudel, Cahier VI, mai 1932, in Journal, t. I, Pl., p. 1000.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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